Conflits

11 avril 1945 – Libération de Buchenwald – Un cas d’école

Le 11 avril on va célébrer l’anniversaire de la libération du camp de Buchenwald survenu il y a 75 ans, le 11 avril 1945.

« Cette libération effectuée dans des conditions exceptionnelles deviendra mythique; un cas d’école. »

On l’attribue le plus généralement aux américains de la 3ème Armée du Général George Patton. Ce qui n’est pas faux mais les faits se sont déroulés quelque peu différemment.

J’ai donc compilé ci-après les informations consignées dans les différentes sources et ouvrages que je cite à la fin de ce billet. Je les cite en essayant de les restituer le plus fidèlement possible.

Le camp de Buchenwald a été libéré par ses prisonniers – français qui plus est. Pour la plupart, ils étaient arrivés au camp entre 15 et 22 mois auparavant; ce qui fit pleurer quelques uns de leurs compagnons d’infortune Allemands qui pour certains d’entre eux étaient là depuis 8 à 12 ans. Le camp a été construit en 1937.

Pour l’essentiel, les prisonniers français (et peut-être les autres) étaient des prisonniers politiques; donc des personnes déjà dans l’action avant et pendant la guerre.

Un cumul de circonstances a permis ce dénouement :

1/ L’arrivée au camp du Colonel Frédéric Manhès en Janvier 1944 et de Marcel Paul en Mai 1944.

2/ Le bombardement allié du 24 août 1944, car dans la confusion générale, un certain nombre d’armes et munitions ont été dérobées à l’ennemi et cachées dans divers endroits.

On peut considérer qu’à ce moment le destin du camp bascule.

Une poignée de décideurs, sous l’autorité de Marcel Paul, et du Colonel Frédéric Manhès, entourés de quelques cadres triés sur le volet commence à se réunir et s’organiser dans la clandestinité et la plus grande discrétion en un Comité des Intérêts Français en vue, de freiner et saboter l’effort de guerre allemand dans les Kommandos, de protéger les élites, de soutenir le moral des prisonniers français et de préparer la libération du camp et permettre aux français de rentrer chez eux.

Ils vont ainsi créer la BFAL, Brigade Française d’Action Libératrice. Elle comprendra 1075 membres.

Trois bataillons sont créés; il portent les noms de Saint Just, Marceau et Hoche. Chaque bataillon, comprend 2 compagnies, chaque compagnie 4 sections. Toutes ces unités encadrées par des officiers d’active ou de réserve, équipées et autonomes et également des section de choc qui entreront en action les premiers et qui seront décisives.

La mise au point demandera plusieurs mois de travail, pour que le moment venu, une attaque brusquée bénéficiant de la surprise menée par des gens résolus puisse réussir

D’autres comités de diverses nationalités existent mais sont plus ou moins structurés. Un Comité International est créé.

Parmi les stratégies, deux d’entre elles s’affrontent; celle élaborée par les prisonniers Allemands versus celle du CIF français.

Finalement, un bombardement allié du 24 août 1944 de l’usine Gustloff près de Weimar qui sera détruite -Opération pendant laquelle des armes ont été dérobées et cachées; dont des couteaux fabriqués clandestinement – mettra un terme au projet allemand. Le projet du C.I.F s’impose.

Dans les jours qui précèdent l’insurrection, les canons américains grondent du côté de Weimar. Le 11 avril, le front se rapproche de Buchenwald.

Un grande partie du camp a été évacuée dans les ‘Marches de la mort‘ dont le Petit camp. La plupart mourront. Il ne reste plus que 20,000 prisonniers dans le grand camp dont 2900 français.

Journée du 11 avril 1945. Une belle journée ensoleillée s’annonce.

Au loin, les canons américains grondent et le front se rapproche de Weimar et du camp.

10 heures: Tirs d’armes automatiques; agitation chez les SS laissant présager l’évacuation; la leur, pas celle des prisonniers.

11h: Situation de plus en plus tendue, l’alerte n°2 est donnée à toutes les formations. Les français sont rassemblés dans les blocks 31, 34, 26, 37 et 42. L’Etat Major est au 31.

11h30: 4 détonations. Les mitraillettes crépitent.

12h: La sirène du camp retentit.

12h10: Les SS quittent le camp. Les gardes restent. L’ordre de mobilisation de la Brigade Française est donné. Sur le pourtour du camp, des groupes de SS circulent l’air affolé.

13h: : Les cadres des 4 compagnies sont appelés au PC: Ordre est donné de se rendre au block 11 pour recevoir les armes.Un allemand conduit les cadres vers un tas de charbon au niveau du block 50 qui est dégagé. Équipé d’une masse il brise une cloison et là un véritable arsenal : entre 127 à 196  fusils, 2 fusils mitrailleurs, des caisses de grenades, des pistolets et des munitions. Les français reçoivent 28 fusils, 1 fusil mitrailleur et 2 caisses de grenades.

14h: L’ordre d’alerte n°3 est transmis, les balles sifflent à travers le camp ; le rassemblement se fait sous les yeux surpris de prisonniers non initiés qui tout d’abord ne comprennent pas ce qui se passe et s’en prennent parfois violemment aux combattants.

15h: les armes sont remises aux unités. C’est l’assaut. 2 sections de choc se lancent à l’assaut de la tour; repaire central des SS.

Les 2 autres sections attaqueront sur la face ouest…des hommes armés de pinces isolantes couperont le barbelé électrifié… les groupes de combat attaqueront dans le dos les groupes SS placés sur la butte en vue de freiner l’avance américaine.

Le plan prévu se déroule normalement.

Une ½ heure plus tard l’ennemi est en déroute totale; des nids de mitrailleuses surpris se sont rendus en entier sans même essayer de se défendre.

Entre 76 et 186, voire 200 prisonniers SS selon les sources sont regroupés au block 17 pour être remis aux américains à leur arrivée.

16h: Deux véhicules américains entrent dans le camp. Tout est déjà joué.

A 12h l’ordre d’extermination du camp selon l’ordre donné par Himmler était arrivé au camp ; mais n’a pas pu être détruit par les SS. Il a été récupéré.

La totale évacuation du camp, amorcée par les diverses marches de la mort et l’extermination des détenus selon l’ordre donné par Himmler a échoué à quelques heures près.

Le Comité des Intérêts Français administre le camp jusqu’au 14 avril, qui passe sous commandement américain le 15 avril.

Marcel Paul et le Colonel Manhès sont rapatriés par avion au Bourget le 18 avril

Frédéric Manhès au premier plan à gauche, veste avec matricule

Mon grand-père quant à lui sera rapatrié par convoi ferroviaire le 29 avril. Il a été homologué Membre de la BFAL. Il probablement appartenu au Bataillon Marceau et au Groupe Morvan du Block 31.

Sources: // Buchenwald – L’organisation et l’action clandestines des déportés français 1944-1945 -Frédéric Henri Manhès – FNDIRP // Les Français à Buchenwald et à Dora – Pierre Durant – Editions Sociales // Les Français à Buchenwald 1940-1945 – Agnès Triebel – Association Française Buchenwald Dora et Kommandos – SIFF 18 // Mémoire gravée Pierre Provost Buchenwald 1944-1945 – Gisèle Provost – Libre parcours – Loubatières // Dossiers de prisonniers au SHD de Vincennes // Photos: Le Bourget – Musée de la Résistance Nationale, Champigny-sur-Marne //Frédéric Manhès – Maitron // Marcel Paul – Memoiresdesdéportés

Catégories :Conflits, WW2

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